The purpose of the African Women in Cinema Blog is to provide a space to discuss diverse topics relating to African women in cinema--filmmakers, actors, producers, and all film professionals. The blog is a public forum of the Centre for the Study and Research of African Women in Cinema.

Le Blog sur les femmes africaines dans le cinéma est un espace pour l'échange d'informations concernant les réalisatrices, comédiennes, productrices, critiques et toutes professionnelles dans ce domaine. Ceci sert de forum public du Centre pour l'étude et la recherche des femmes africaines dans le cinémas.

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10 June 2022

Horria Saihi: Une femme algérienne. Au fil de la résistance, j'écris ton nom | An Algerian woman, throughout the resistance, I write my name

Horria Saihi: Une femme algérienne. Au fil de la résistance, j'écris ton nom | An Algerian woman, throughout the resistance, I write my name

 

Paru le 19 mai 2022

English translation soon

Un livre qui est à la fois un parcours de vie, un témoignage et un appel à la résistance, signé par une opposante de la première heure à toutes les formes d'oppression qui s'opposent à la démocratie en Algérie. « Femme, journaliste, réalisatrice et militante, actrice et témoin privilégiée, je choisis désormais d’écrire et d’apporter ma contribution à une histoire vivante en puisant dans nos luttes, notre résistance », écrit Horria Saïhi. « Je dis et décris l’arbitraire du pouvoir avec ses lots d’enlèvements, de séquestrations, de tortures, d’assignations à résidence, d’emprisonnements, de révoltes d’étudiants, de lycéens ou de paysans, la censure et l’interdit, la contestation, la solidarité, la montée de l’islamisme politique, la riposte pacifique ou armée, l’engagement des femmes. J’évoque mon pays avec mes mots, mes connaissances et mon engagement. Je le raconte tel que je l’ai perçu, tel que je l’ai ressenti au travers de mes rencontres avec Kateb Yacine, les ouvrières de Sidi Bel Abbès, les paysannes de Zrizer, mes camarades du PAGS, d’Ettahadi-Taffat, du MDS, des Patriotes, des Groupes de légitime défense, des militaires, des artificiers, des familles de victimes du terrorisme, des militantes républicaines, mes collègues de la télévision… » Pour redonner vie à ce passé tragique qu’elle fait défiler sous nos yeux des années de l’après-Indépendance à nos jours, Horria Saïhi s’est attachée à recueillir la parole de femmes et d’hommes qui ont comme elle vécu, subi, résisté ou fui tout ce que l’Algérie n’a pu ou su offrir à son peuple. Enseignant, universitaire, journaliste, haut fonctionnaire, cadre d’une entreprise d’Etat, soldat ou haut gradé en service pendant la décennie noire, et encore ouvrier agricole ou simple militant : leurs récits entrecoupés de silences, de rires et de larmes esquissent le terrible tableau d’une souffrance multiforme, toujours aiguë et trop longtemps tue.

10 April 2021

Vues d'Afrique 2021. Lina Soualem : Leur Algérie | Their Algeria

Vues d'Afrique 2021
vuesdafrique.org/

Lina Soualem
Leur Algérie | Their Algeria

Lina Soualem
Leur Algérie | Their Algeria
France | Algérie | Suisse | Qatar

2020 - Documentary - 70min

Synopsis
Lina's grandparents have decided to separate. Together, more than 60 years ago, they left Algeria for Thiers, in the center of France. Side by side they traversed this chaotic immigrant life. For Lina, their separation is the opportunity to investigate their long journey of exile, as well as her own identity.

Les grands-parents de Lina ont décidé de se séparer. Ensemble, ils étaient venus d’Algérie à Thiers, au centre de la France, il y a plus de 60 ans, et côte à côte ils avaient traversé cette vie chaotique d’immigrés. Pour Lina, leur séparation est l’occasion de questionner leur long voyage d’exil, ainsi que son identité.

Bio
Lina Soualem is a Franco-Palestian-Algerian filmmaker and actor born and based in Paris. After her studies in history and political science at the Sorbonne, she began to work as a journalist and as a programmer in film festivals, wanting to combine her interests in cinema and studies in contemporary Arab societies. Lina has worked as programmer for the International Film Festival for Human Rights in Buenos Aires and the Festival Palest’In & Out in Paris, among others. In 2019, her first feature documentary Their Algeria produced by AGAT Films & Cie, was awarded the prize for best doc-in-progress at the Doc Corner at Cannes. Their Algeria was created at the Festival international du film Visions du Réel 2020. During the past several years, Lina has acted in three feature films directed by Hafsia Herzi: Hiam Abbass and Rayhana. She is currently developing her second feature documentary and is working as creator and assistant director on fiction, series and documentary projects.

Lina Soualem est une cinéaste et actrice franco-palestinienne-algérienne, née et basée à Paris. Après des études d’histoire et de sciences politiques à l’Université de la Sorbonne, elle a commencé à travailler dans le journalisme et comme programmatrice dans des festivals de cinéma, cherchant à combiner ses intérêts pour le cinéma et l’étude des sociétés arabes contemporaines. Lina a travaillé comme programmatrice pour le Festival international du film sur les droits humains à Buenos Aires et le Festival Palest’In & Out à Paris, entre autres. En 2019, son premier long métrage documentaire, « Leur Algérie », produit par AGAT Films & Cie, a reçu le prix du meilleur doc-in-progress au Doc Corner du Festival de Cannes. « Leur Algérie » a été créé au Festival international du film Visions du Réel 2020. Ces dernières années, Lina a joué dans trois longs métrages réalisés par Hafsia Herzi, Hiam Abbass et Rayhana. Elle développe actuellement son deuxième long métrage documentaire et travaille en tant qu’auteure et assistante réalisatrice sur des projets de fiction, de séries et de documentaires.
 
https://www.youtube.com/watch?v=H-RTHK6m8Xc

17 February 2019

FESPACO 2019: Tata Milouda by/de Nadja Harek (Algeria | Algérie / France)

FESPACO 2019
Tata Milouda (2017) 30 min
by/de Nadja Harek
(Algeria | Algérie / France)
Poulain d’or des documentaires courts métrage | Golden Poulain for short doc.

Official Selection | Sélection officielle
Documentary (short)
Documentaire (court-métrage)


Synopsis

Tata Milouda arrived in France in 1989, forced by her violent husband to work as house cleaner in Paris to pay for their home in Morocco. Undocumented, exploited, far away from her six children, she decides to stay, fleeing her old life. Despite this hell, she enrolls in literacy classes, which lead her to the stage. Thanks to writing and slam, she reclaimed her freedom. Today in Épinay, from her balcony she can see the Eiffel Tower.

Tata Milouda est arrivée en France en 1989, contrainte par son mari violent à faire des ménages à Paris pour payer leur maison au Maroc. Sans papiers, exploitée, loin de ses six enfants, elle décide de rester, de fuir son ancienne vie. Malgré cet enfer, elle suit des cours d’alphabétisation qui la conduisent sur les planches du théâtre. Grâce à l’écriture et au slam, elle retrouve sa liberté. Aujourd’hui à Épinay, depuis son balcon elle voit la tour Eiffel.

Biography | Biographie

From a “family between two lands” Algeria and France, Nadia Harek was born in Cluses in Haute-Savoie. She studied cinema at the University of Montpellier where she did her research paper on the theme of "Guilt and expiation in the work of Martin Scorsese".  She then joined the professional world working as director, camera operator, editor, teacher and trainer. She also directed institutional videos and hip hop dance performance recordings, then directing her own films.

D’une « famille entre deux terres », l’Algérie et la France, Nadia Harek  est née à Cluses en Haute-Savoie. Elle a fait des études de Droit à l'université de Grenoble. Elle a ensuite fait des études de cinéma à l'université de Montpellier où elle a réalisé un mémoire sur "la culpabilité et l' expiation dans l'œuvre de Martin Scorsesse". Puis elle rejoint le monde professionnel et exerce les métiers de régisseuse, cadreuse, monteuse, enseignante et formatrice. Elle réalise aussi des reportages institutionnels et des captations de spectacle de danse hip-hop, et à la suite de cela elle commencera à réaliser ses propres films.
Source: http://www.burkinacultures.net/fiche.personne.nadja-harek.12216.html

Image: Languedoc-Roussillon-Cinema screen capture


30 January 2013

FESPACO 2013 - Djamila Sahraoui : "Yema"


Djamila Sahraoui
Fespaco 2013 - Feature film in competition | Long métrage competition

Yema (2012)
Djamila Sahraoui (Algeria | Algérie)
MEILLEURE IMAGE | BEST IMAGE
MENTION SPÉCIALE ACTRICE | SPECIAL MENTION ACTRESS : DJAMILA SAHRAOUI
ÉTALON D'ARGENT | SILVER ÉTALON

The filmmaker | La réalisatrice

[English]
Native of Algeria, Djamila Sahraoui studied literature before going to Paris where she obtained a diploma in filmmaking and editing at the IDHEC. She has directed several documentaries, and since 2006 oriented her filmmaking towards feature films.

[Français]
Native d’Algérie, Djamila Sahraoui a fait ses études de littérature avant de se rendre à Paris pour un dilplôme de réalisation et de montage à l'IDHEC. Ce qui l’a conduite à la production de plusieurs films documentaires avant de s’orienter en 2006 vers le film de long métrage.

Synopsis

[English]
In a little abandoned house in a remote Algerian countryside. It is here where Ouardia buried her son Tarik, a soldier, killed perhaps by his own brother Ali, leader of an Islamist group. In this atmosphere veiled by suffering and weakened by drought, life gradually resumes its normality, thanks to the garden that Ouardia brings to life by dint of courage, hard work, and perseverance.

[Français]
Une petite maison abandonnée, isolée dans la campagne algérienne. C'est ici que Ouardia a enterré son fils Tarik, un soldat probablement tué par son propre frère Ali, leader d'un groupe islamiste. Dans cette atmosphère voilée par la souffrance et fragilisée par la sécheresse, la vie reprend petit à petit le dessus. Grâce au jardin que Ouardia fera refleurir à force de courage, de travail et d’obstination.



Djamila Sahraoui : Yema (2012)

24 January 2012

Rahma Benhamou El Madani : « Je tente de renouer avec mes racines à travers mes films. »

Entretien avec Rahma Benhamou El Madani de Beti Ellerson
À travers ses films, Rahma Benhamou El Madani découvre et examine ses identités multiples. Son dernier film Tagnawittude lui a permis de redécouvrir aussi la musique gnawa et ses pratiques mystiques.
Rahma, vous avez une identité de multiples sources : l’Algérie, le Maroc et la France. Parlez-nous de vos origines et comment elles vous ont formées, influencées.

Je suis née en Algérie, dans un petit village près d’Oran. Mon père et ma mère sont marocains, ils se sont installés dans ce village, où est né aussi Marcel Cerdan d’ailleurs, où de nombreux fermiers colons vivaient de la vigne. Mes parents ont quitté le Maroc et leur Atlas pour passer la frontière et aller en Algérie. Mon père y allait souvent en tant que saisonnier. Tous leurs enfants sont nés dans ce village. Puis il y a eu l’indépendance, l’histoire du Sahara occidental et les frontières entre l’Algérie et le Maroc posaient problèmes, comme dans d’autres pays africains. Le conflit devint de plus en plus sérieux. En 1968 mon père quitta l’Algérie et arriva en France, en 1972 mes parents inquiets de la tournure de la situation, décident de quitter définitivement l’Algérie et nous nous installons en France où mon père travailla dans le vignoble encore une fois.

J’ai donc été coupée de mes racines marocaines et je découvrais le Maroc et l’Atlas à l’âge de 10 ans pendant les vacances d’été. Mes racines algériennes seront coupées douloureusement. Je tente de renouer avec ces racines à travers mes films.

J’ai mis beaucoup de temps à trouver cet équilibre car les anciens ne se rendent pas compte que leurs chemins nous façonnent et qu’ils doivent nous laisser des traces pour ne pas perdre la mémoire. C’est ce que je tente de retrouver, la mémoire de notre monde entremêlé l’un à l’autre. L’histoire du Maroc, de l’Algérie et aussi de la France dans son rapport à ces deux pays. 

Vos formations et intérêts sont aussi divers ! Études de Sciences du langage, la radio, et puis le cinéma, ont-ils des points de convergences? Comment êtes-vous arrivée au cinéma par ce chemin?

Du plus loin que je me souvienne, on va dire que mon envie de raconter a été importante. J’ai fait un passage en Sciences du langage en vue de me présenter à l’école de journalisme… et un stage à l’AFP grâce au rédacteur en chef qui m’avait prise sous son aile, et originaire d’Algérie également, m’a convaincue de faire des sujets en prenant mon temps… J’ai donc choisi de faire du terrain plutôt que de passer par une école. J’ai vraiment choisi la voie la plus difficile… Je ne savais pas encore que je me dirigeais vers le cinéma, il me semblait bien difficile d’y accéder pour plusieurs raisons. Je menais mes études tout en m’essayant à la radio et aux débats politiques, aux émissions musicales et aux interviews… mon expérience radiophonique pris fin lorsque j’ai commencé à mener des sortes de documentaires radiophoniques. L’écriture avait déjà beaucoup de place dans ma vie. Et à l’époque les caméras étaient lourdes, ce qui fait que lorsque je me renseignais sur les formations liées à l’image aux Beaux arts ou bien à l’AFPA (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes), je comprenais bien que ce poste était réservé aux hommes.  Je pratiquais, à ce moment-là, la photographie à défaut d’image animée. Le cadrage est entré dans ma vie par le biais de la photo.

Puis la vie a fait que j’ai quitté avec mon compagnon ma région Bordelaise pour Lille. J’ai décidé de laisser tomber la radio, l’image et de tenter l’enseignement en me dirigeant vers la filière français langue étrangère. Et c’est paradoxalement au moment où je laisse tomber que je rencontre une enseignante en filmologie, militante au MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’amitié entre les peuples), organisatrice d’un festival de cinéma à Lille (l’Acharnière) et que je suis remise sur mon chemin… Elle va seulement après ses cours me donner quelques conseils rapides que je note rapidement… je ne m’inscrirais jamais à ses cours. Encore cette peur au fond de moi de ne pas être sur le terrain. C’est pendant ma grossesse que je prends conscience de mon choix de faire un documentaire et que j’écris beaucoup, les banlieues françaises étaient en ébullition, la France commençait à se rendre compte que les cités et les jeunes issus de l’immigration qui y vivaient explosaient de colère. Khaled Khelkal devenait un terroriste et la France devait ouvrir les yeux sur ce monde-là. Venant plutôt de la radio, j’ai eu évidemment un mal fou à convaincre. Mais je l’ai fait. J’ai rapidement compris grâce à cette enseignante que la production ne devait pas me faire peur. Il fallait pour savoir parler aux producteurs comprendre de quoi on parle. 
Vos films suivent votre parcours ! Entre le Maghreb et la France à la recherche de votre histoire passée et présente, celle de vos parents et aussi de la vie des gens qui vous entourent. Pourquoi ces thèmes ? Pourquoi cette approche pour les raconter ? Parlez-nous un peu de vos films.

J’ai essuyé un échec sur mon premier film, que j’ai décidé de stopper de moi même car le sujet abordé était trop délicat pour me laisser influencer et diriger par un producteur. J’ai choisi de ne pas le faire comme on me le demandait. Il n’en reste qu’un essai de 15 minutes « Emotion d’une rencontre » ça se passe à Vaulx en Velin dans les années 95 au moment où les médias se focalisaient sur ce lieu pour des raisons liées à l’actualité du terrorisme.
Mon père prenait sa retraite et décidait de partir vivre au Maroc. Il est devenu pour moi nécessaire de faire parler mes parents du conflit algéro-marocain alors tabou. Les caméras DVCAM font enfin leur apparition.  Mon cadreur va alors m’expliquer comment m’en servir. Puis je fais un stage de prise de vue. J’ai filmé mes parents moi-même, seule à l’image et au son. Je voulais retrouver ma légèreté. Ce film sera coproduit par les frères Dardenne à l’étape de la postproduction. Jean Pierre Dardenne m’a appris quelque chose dont je me souviens encore : à ne jamais oublier sa volonté instinctive qui a poussé à raconter.  Je serai amenée à me dépasser alors lors des projections-débats devant souvent des réactions très passionnées. Accompagner ce film a été très difficile. J’ai fini par décider d’arrêter ces débats souvent révélateurs du conflit qui perdure entre mes deux pays maghrébins.
Le thème de la politique en France lié à l’immigration, évidemment, me concernait de très près. Je comprenais bien qu’il me fallait l’aborder d’une façon radicale. Je choisis la fiction et le court métrage. J’ai pu tourner, au Studio Le Fresnoy, mon premier court métrage fiction « Plus fort que tout le reste ? ». Est-ce que l’amour est plus fort que la politique pour un couple dit mixte ? J’ai choisi d’aborder le thème du mariage mixte au moment où avec les lois Pasqua tout couple mixte devenait suspect de mariage blanc. Ce film sera projeté en première partie d’un documentaire « Je suis chez moi » que je ferai 2 ans plus tard en m’intéressant aux enfants de parents sans papiers et au RESF (Réseau Education Sans Frontière) dont je ferai partie tout en filmant. Il m’est apparue nécessaire de prendre ma caméra et de suivre une famille algérienne et leurs enfants ainsi qu’un jeune lycéen d’origine colombienne tout en militant au RESF. Ce film a été pour moi une façon de montrer la population française sortir de l’ombre en même temps que les sans papiers et montrer son soutien. Je suis sortie de ce film, marquée par cette solidarité, mais aussi par les conditions de vie des sans papiers dans mon quartier à Belleville. A l’avant première, il y avait vraiment énormément de monde à la Bellevilloise, lieu où l’on a plus l’habitude d’aller voir des concerts. Tout mon quartier se mobilisait et cette projection restera longtemps dans ma mémoire. Le film circulera, il aura son histoire, sera déprogrammé d’une chaîne pour des raisons obscures… J’étais déjà repartie sur ma recherche vers cette fois la musique gnawa, sujet que j’avais commencé avant « Je suis chez moi »… 

Tagnawittude ! Quel titre ! Quelle est cette musique gnawa alors ?
J’ai été souvent en contact avec des musiciens de par mon parcours radiophonique. Un caméraman m’a confié des images de la tournée africaine du groupe Gnawa Diffusion. Je connaissais le chanteur Amazigh Kateb par l’intérêt que je portais à l’œuvre Nedjma de son père Kateb Yacine, qui me permettait de maintenir mon lien invisible avec mon pays natal. Cette rencontre a été très marquante pour moi, elle m’a permis de revenir en Algérie pour tourner Tagnawittude.

Je n’étais pas prête pour parler de l’Algérie. Alors j’ai décidé plutôt de lier mes deux pays en racontant cette histoire commune, cette culture commune autour de la musique gnawa. J’ai saisi grâce aux musiciens de ce groupe Gnawa Diffusion comme Amazigh et aussi Aziz Maysour que cette culture ancestrale était à la mode et qu’elle se fusionnait plutôt bien au monde occidental et à ses sonorités. Le film a eu une production difficile, un parcours très chaotique. Très peu de financement, beaucoup de temps entre les tournages à cause de la puissance des séquences filmées, et de mon investissement. Ce film a été très difficile à faire. J’ai dû faire beaucoup de pauses pour comprendre cette culture, pour aller chercher sur place des explications, et pour continuer là où beaucoup auraient arrêté, puisque tous mes amis me conseillaient de passer à un autre sujet.

La musique gnawa aujourd’hui est très tendance au Maghreb et cela s’explique par une recherche liée à l’essentiel de notre culture chez la jeunesse mais aussi dans les différentes sphères de la société maghrébine prise entre le monde occidental et le monde religieux. La musique gnawa parle à tous.

Qu’est-ce que vous a inspiré de faire un film sur la musique gnawa ? Quelle était votre démarche ? Votre parcours et découvertes ?

Ce qui m’a inspiré on va dire au départ c’est cette vision que j’ai eu en voyant le maître marocain Maalem Hmida Boussou descendre des escaliers et qui me faisait penser à mon grand père maternel. Amazigh Kateb me demandera d’ailleurs « pourquoi ton grand père est noir ? »… Cette réponse a été un déclencheur encore une fois au fond de moi. Et puis en écoutant le maître algérien Maalem Ben Issa me parler de cette culture timidement alors que le son qu’il jouait sur son guembri était tellement blues et tellement fort… je n’ai pas pu m’empêchait de ressentir quelque chose qui a dû créer une sorte de réminiscence. Mes origines remontait à la surface.

J’ai mis beaucoup de temps à visionner mes images, à écrire étape après étape à chaque fois que je revenais de mes repérages filmés. C’était important pour moi de filmer mes recherches car je savais que suivre un chanteur comme Amazigh Kateb allait être sportif. Je n’ai jamais pensé que dans mon film il n’y aurait que des hommes. J’ai pourtant été confrontée à cette difficulté sans l’avoir jamais pensée. Le tournage en France auprès de musiciens a été très difficile parce que j’arrivais seule, je posais ma caméra et je tournais sans jamais parler à personne. Je savais que j’étais sur un terrain miné de toute façon alors je m’imposais par mon silence. J’ai décidé à la suite de moments très épineux de travailler avec un caméraman et de faire la prise de son. J’ai gardé quand même une deuxième caméra pour moi que j’utilisais quand je le sentais. C’était assez particulier de me retrouver en position de perchiste au milieu de gnawa, mais jamais personne ne m’a manqué de respect ou m’a reproché ma présence. 
Ce film m’a permis de comprendre la transe au Maghreb et aussi de découvrir cette culture d’une façon musicale. J’ai eu la possibilité depuis Casablanca après le festival d’Essaouira de me rendre en avion à Alger. Ce lien symbolique j’ai tenu à le vivre et ce voyage est très important pour moi encore aujourd’hui.
Ce film est aussi personnel, vous avez rencontré l’esprit gnawa comme petite fille à travers votre mère qui pratiquait la transe. Ces souvenirs d’enfance comment ont-ils évolués ? Comment vous ont-ils influencés ?

J’ai pas compris de suite la transe de ma mère. J’ai mis des années à saisir. Ma mère continuait à pratiquer la transe en France d’une façon personnelle. Et en m’approchant de la musique gnawa j’ai compris ce qu’elle vivait. J’ai alors filmé mes repérages et je lui ai montré ces images.

Elle a nommé les objets qui entourent la pratique des gnawa, et j’ai compris sans autre commentaire. Ma mère a été initiée en Algérie et j’ai dû, je pense, retrouver la mémoire en entendant jouer ces musiciens aux moments de mes repérages et auparavant en écoutant le groupe Gnawa Diffusion. Ces pratiques de transe évidemment ont marqué ma vision du monde. Je suis très marquée par les visites aux marabouts et les autres pratiques mystiques. L’invisible est important dans le monde des femmes maghrébines. Evidemment la transe pratiquée par ma mère m’a beaucoup inspirée et je pense que sa vision du monde invisible et ses croyances m’ont permis d’entrer dans la création et l’écriture. 

La réception de Tagnawittude ?

J’ai été très touchée par l’avant-première à Alger. Ce fut un succès tant au niveau du public qu’au niveau de la presse. J’ai passé 10 jours à répondre aux journalistes, ça était un accueil très important pour moi de dire qui je suis et ce que je fais là et pourquoi. L’Algérie 34 ans après fut accueillante.

Le Maroc a été un peu plus problématique. Le jour de l’avant-première des inondations ont plongé Casablanca dans le chaos et la projection évidemment devait être annulée. J’ai tenu, à deux mois avant la révolution du Jasmin, à faire un voyage important, d’abord Carthage à Tunis, puis Alger et ensuite Oran et mon village natal et enfin Casablanca. J’ai eu ce besoin de voir le Maghreb pendant 1 mois et demi, je l’ai parcouru profitant de mes projections. Ce Maghreb aux frontières ouvertes dans le passé, aujourd’hui divise et sépare un même peuple.
  
Tagnawittude a voyagé, de Dubai à Montréal, à Santiago du Chili, au Tennessee, en Arizona, à New York… à Alger à nouveau pour les veillées du ramadan… à Paris, à Genève bientôt… ce film a l’air de plaire à divers public. L’échange à Dubai et à New York tournait autour de l’aspect religieux de cette culture. Evidemment il en est question en filigrane de cette tolérance des gnawa qui est avant tout une confrérie religieuse soufie.

Pour ce qui est de ce film en France il sort en salle le 6 juin d’abord au cinéma la clef à Paris et puis nous accompagnerons le film avec des mini-concerts dans d’autres salles. Nous travaillons sur la sortie du dvd.  Nous espérons encore des aides à la postproduction pour la sortie salle et surtout l’aide après réalisation de l’avance sur recette du CNC. L’avenir nous dira si ce film sera accueilli en France. Quant au Maroc j’espère qu’il finira par accueillir ce film, je le souhaite dans de meilleures conditions.


Janvier 2012 


26 February 2011

Fatma Zohra Zamoum: Le docker noir (The Black Docker) Sembene Ousmane

Fatma Zohra Zamoum:
Le docker noir (The Black Docker) Sembene Ousmane
FESPACO 2011: Official Competition: Documentary
VERSION FRANÇAISE CI-APRÈS

Fatma, could you first talk a bit about yourself...filmmaker, writer, professor, intellectual, multi-talented artist...
Thank you for your interest in the documentary. I will speak about myself...Born in Algeria; I have lived in France for more than twenty years. I generally do fiction films but if there is a visual challenge in a documentary I am also interested in doing it. I also write novels but the need is less—two novels to date, and plans for a third one this year, I hope. Presently, I am in post-production for my latest feature film, "Combien tu m'aimes" (How much do you love me) shot in November and December in Algiers. In addition, I teach at university but mainly to not be cut off from the discipline and to stay informed. And above all to stay connected with art history, which is my pet subject. And also, it allows me to not have to be in a state of uncertainty when preparing a film (it's a long story...)

What inspired you to make a film about Ousmane Sembene?

I went to Ouagadougou for the first time in 2007 hoping to meet Sembene but he did not come that year because he was sick and died shortly after. Since I could no longer honor him directly, I decided to make a film. The Guild of African Filmmakers, who also wanted to pay him a tribute, initially supported this decision, but things did not come together in time. Sembene had an exemplary career and he deserves to be recognized, of course as a person, but also as an artist committed to the ideas of his time. Besides, he was never one to back down.

What has been the audience response to the film?

It was a discovery for most. Despite his body of work, in the end, few actually knew him. I had the opportunity to present the film at the Pan-African Festival in Algiers, truly a preview since it had only been completed a week before, and the audience was charmed by the film itself, but also by the complexity of the subject.

Interview by Beti Ellerson (February 2011)

SYNOPSIS

In 1956 a docker in Marseille writes a novel called Le docker noir...

From this initial creative act, this man will become a writer and a filmmaker: He is Sembene Ousmane.

And by the sweat of his brow, he will earn for himself an esteemed place in the world of arts and letters, publishing a dozen novels and producing some ten films—a fascinating and complex body of work with a focus on social, moral and historical issues (illiteracy, the inner workings of colonial domination, religion, relations between women and men, the world of work...).

Sembene Ousmane who died in the month of June 2007, took with him the mystery of a man, but his work remains. This film documentary presents a portrait of a man spanning a forty-year career. And while a universal œuvre, it is deeply rooted in the history of his country, Senegal.


VERSION FRANÇAISE

Fatma Zohra Zamoum:
Le docker noir (The Black Docker) Sembene Ousmane  
 FESPACO 2011 Compétition officielle des films documentaires

Fatma, d'abord, parlez un peu de vous-même...en tant que cinéaste, écrivaine, professeure, intellectuelle, artiste polyvalente...

Merci de votre intérêt pour le documentaire. Je vous parle de moi.... née en Algérie et vis en France depuis plus de vingt ans. Je fais des films de fiction normalement mais s'il y a un enjeu d'image dans un documentaire cela m'intéresse. J'écris aussi des romans mais la nécessité est moindre, 2 romans à ce jour et le projet d'un troisième pour cette année j'espère. Actuellement je suis en post-production de mon dernier long-métrage "Combien tu m'aimes", tourné en novembre et décembre à Alger.  J'enseigne également à l'université mais essentiellement pour ne pas couper avec la discipline de travail et d'information. Et surtout pour ne pas perdre le lien avec l'histoire de l'art qui est mon dada. Cela permets aussi de ne pas être dans l'expectative quand on prépare un film (c'est long....).

Qu'est-ce qui vous a inspirée pour faire un film sur Ousmane Sembene?

Je suis allée pour la première fois à Ouagadougou en 2007 et j'espérais rencontrer Sembène mais il n'est pas venu cette année-là car il était malade or peu de temps après il est décédé. Je ne pouvais donc plus lui rendre hommage en direct, j'ai décidé de le faire par un film.  Cette décision a été soutenue au départ par la Guilde des réalisateurs africains qui voulaient également lui rendre hommage. Mais les choses n'ont pas convergé en temps. Je trouve que le parcours de Sembène est exemplaire et qu'il mérite d'être connu en tant qu'homme mais aussi en tant qu'artiste engagé dans les débats de son époque. D'ailleurs il n'en a évité aucun.

Quelles sont les réactions du public sur le film?

Découverte, d'abord découverte car malgré l'oeuvre de l'artiste peu connaissent finalement. J'ai eu l'occasion de le présenter au Festival Panafricain à Alger, vraiment en avant-première car il était terminé depuis une semaine et les spectateurs ont été charmés par le film lui-même mais aussi par la profondeur de sa démarche.

Entretien de Beti Ellerson (février 2011)

SYNOPSIS

En 1956, un docker à Marseille écrit un roman intitulé Le docker noir… 

A partir de cet acte inaugural de création, l’homme va devenir écrivain et cinéaste : c’est Sembene Ousmane.

Il va se forger, à la force du poignet, une place de choix dans le monde des arts et des lettres, en publiant une dizaine de romans et en réalisant une dizaine de films. Une œuvre passionnante et complexe, tournée vers des problèmes sociaux, moraux ou historiques (l’analphabétisme, les mécanismes de domination coloniale, religieuse, entre hommes et femmes, dans le monde du travail...). 

Sembene Ousmane est décédé au mois de juin 2007, il emporte avec lui son mystère en tant qu’homme, mais son œuvre demeure. Ce film documentaire propose de faire le portrait de l’homme à travers une œuvre qui se déploie sur quarante ans, une oeuvre universelle et pourtant profondément enracinée dans l’histoire de son pays, le Sénégal.

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