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30 March 2011

Sarah Maldoror: remise des insignes d'officier dans l'ordre de Légion d'honneur | presentation of the insignia of Officer of the National Order of the Legion of Honor

Sarah Maldoror:

remise des insignes d'officier dans l'ordre de Légion d'honneur


presentation of the insignia of Officer of the National Order of the Legion of Honor


3 mars 2011 | 3 March 2011


Français ci-après


Speech by Frédéric Mitterrand, Minister of Culture and Communication, given on the occasion of the ceremony to appoint Sarah Maldoror as the Knight of the National Order of Merit by the French government. Translation from French by Beti Ellerson 


Dear Sarah Maldoror, Baudelaire, who, in Mon coeur mis à nu (My heart laid bare) wrote: "There is none greater among men [and women] than the poet, the priest and the soldier—the one who performs, the one who exhalts, the one who sacrifices and is sacrificed. The others are to be flogged.” You say that you do not write, and yet, your cinematographic work has, as no one else, conveyed, through the words of others and their poetry, the ideas that have carried the African independence struggles, and the great voices that reflect the postcolonial reality as well as diversity.

In the world of black Caribbean and African cinema, you are one of the only filmmakers who has succeeded with such strength and character in bringing to the screen the voices of the persecuted and the disaffected. For you, the struggle, cinema and liberation, constitute the cardinal elements in today’s Africa. Hence, through cinematographic creation, and more broadly cultural creation, you have inscribed a militant approach that has always denounced colonialism in whatever form. And I quote you, if you don’t mind: "For many African filmmakers, cinema is a tool of revolution, a political education in order to bring about a transformation in consciousness. It was part of the emergence of a Third World Cinema seeking to decolonize the mind to create radical changes in society."

You would like to have been a tragedienne. After a few performances in the theatre, in 1956, you participated in the creation of the first black troupe in Paris, "Les Griots”. Then you left for Moscow in the early 1960s to study filmmaking under the direction of Gherassimov and Donskoy at the Gorki Studio, where you would meet the great Ousmane Sembène, who left us four years ago. Your first documentary in 1968, Monangambé, inspired by the scenario of the Angolan writer Luandino Vieira, imprisoned by the Portuguese colonial power, tells the story of an imprisoned Angolan and deals with torture in Algeria. Your masterpiece was awarded several prizes, including that of best director, at the Carthage Film Festival. In Sambizanga, shot with non-professional actors affiliated with the The National Front for the Liberation of Angola and the African Party for the Independence of Guinea and Cape Verde, you present an unadulterated portrayal of the Angolan resistance, the realities of which, being married to Mário de Andrade, you were more than familiar. This highly celebrated film establishes your reputation as a committed artist.

And yet, you privilege the documentary format because it allows you to define the artists, trailblazers, through portraiture—I am thinking in particular of Aimé Césaire, Le masque des mots, in 1987—the horizon of aspiration necessary to the rehabilitation of black history and its most significant figures. Among the thirty or so documentaries and fiction films that you have made, several major themes come to mind: contemporary African wars of liberation, the emergence of women in the struggle.

Moreover, you have contributed considerably to filling the gap in images of African women both behind and in front of the camera. You also put the acuity of your gaze at the service of the fight against intolerance and stigmatization of all types, as in your 1984 documentary, Le racisme au quotidien (Everyday racism). In addition, you assign a fundamental importance to solidarity between the oppressed, as well as to political repression, to the atrocities and exactions committed in times of peace. Finally, with portraits of Léon Gontran Damas, Louis Aragon, or even Toto Bissainthe, you celebrate the commitment of the artist and art as an act of freedom.

Dear Sarah Maldoror, you are an outspoken rebel, a fighter of injustices, a resolute humanist. Throughout your career, through the lens of your camera, you have always fought in order to tell and present, realistically and poetically the harshest of realities. For all of us, your perspective of the memory of slavery and colonialism has a distinct value. On behalf of the President of the Republic, we declare you a Knight of the National Order of Merit.

•••


Discours de Frédéric Mitterrand, ministre de la Culture et de la Communication, prononcé à l'occasion de la cérémonie de remise des insignes d'officier dans l'ordre de Légion d'honneur à Sarah Maldoror


Chère Sarah Maldoror,


Baudelaire, qui, dans Mon coeur mis à nu écrivait: « Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet ». Si vous dites ne pas savoir écrire vous-même, votre oeuvre cinématographique a pourtant fait connaître comme aucune autre, à travers les mots des autres et leur poésie, les idées qui ont porté la lutte pour les indépendances africaines, et les grandes voix de la réalité postcoloniale et de la diversité.


Dans l’univers du cinéma noir antillais et africain, vous êtes l’une des seules cinéastes qui soit parvenue avec autant de force et de caractère à porter à l’écran les voix des persécutés et des insoumis. Pour vous, la lutte, le cinéma et la libération constituent autant de points cardinaux de l’Afrique d’aujourd’hui. Vous inscrivez ainsi la création cinématographique, et plus largement culturelle, dans une démarche militante qui dénonce pour toujours les colonialismes. Je vous cite, si vous le permettez: « Pour beaucoup de cinéastes africains, le cinéma était un outil de la révolution, une éducation politique pour transformer les consciences. Il s’inscrivait dans l’émergence d’un cinéma du Tiers Monde cherchant à décoloniser la pensée pour favoriser des changements radicaux dans la société ».


Vous auriez voulu être tragédienne. Après quelques essais au théâtre, vous participez à la création en 1956 de la première troupe noire à Paris, « Les Griots », puis partez à Moscou dans le début des années 60 pour apprendre le métier de cinéaste sous la direction de Gherassimov et Donskoï au studio Gorki, où vous rencontrez le grand Ousmane Sembène, qui nous a quitté il y a 4 ans déjà. Votre premier documentaire en 1968, Monagambé, inspiré par le scénario de l’écrivain angolais Luandino Vieira, alors emprisonné par le pouvoir colonial portugais, raconte l’histoire d’un Angolais en prison et traite de la torture en Algérie. Votre coup de maître se voit décerner plusieurs prix, dont celui de meilleur réalisateur, par le Festival de Carthage. Dans Sambizanga, que vous tournez avec des acteurs non professionnels affiliés au Mouvement de Libération du Peuple Angolais et au Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap Vert, vous faites un portrait sans retouche de la résistance angolaise, dont les réalités vous ont été plus que familières, vous qui avez été l’épouse de Mário de Andrade. Ce film, vivement récompensé, assoit votre réputation d’artiste engagée.


Vous privilégiez alors le format du documentaire car il vous permet de définir au travers de portraits d’artistes, de portraits de précurseurs - je pense en particulier à Aimé Césaire, Le masque des mots, de 1987 - l’horizon d’attente nécessaire à la réhabilitation de l’histoire noire et de ses figures les plus marquantes. Parmi la trentaine de documentaires et films que vous réalisez, plusieurs thèmes majeurs sont à retenir : les guerres africaines contemporaines de libération, l’entrée des femmes dans la lutte.


Vous avez d’ailleurs fortement contribué à combler le déficit d’images de femmes africaines tant derrière que devant la caméra. Vous mettez également l’acuité de votre regard au service de la lutte contre les intolérances et les stigmatisations de tous types, comme notamment dans votre documentaire de 1984 Le racisme au quotidien. Vous accordez aussi une importance fondamentale à la solidarité entre les opprimés, à la répression politique, aux atrocités et exactions commises en temps de paix. Enfin, vous célébrez l’engagement de l’artiste et l’art comme acte de liberté, avec des portraits de Léon Gontran Damas, de Louis Aragon, ou encore de Toto Bissainthe.


Chère Sarah Maldoror, vous êtes une révoltée au franc-parler, une combattante des injustices, une humaniste résolue. Tout au long de votre carrière vous n’avez eu de cesse de fustiger, d’informer et de montrer les réalités les plus dures à l’objectif de votre caméra à la fois réaliste et poétique. Votre regard sur la mémoire de l’esclavage et du fait colonial a pour nous tous une valeur unique. Au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier dans l’ordre national du Mérite.

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