The purpose of the African Women in Cinema Blog is to provide a space to discuss diverse topics relating to African women in cinema--filmmakers, actors, producers, and all film professionals. The blog is a public forum of the Centre for the Study and Research of African Women in Cinema.

Le Blog sur les femmes africaines dans le cinéma est un espace pour l'échange d'informations concernant les réalisatrices, comédiennes, productrices, critiques et toutes professionnelles dans ce domaine. Ceci sert de forum public du Centre pour l'étude et la recherche des femmes africaines dans le cinémas.

10 December 2012

Asmae El Moudir : « Le cinéma c’est mon rêve de petite fille »


Asmae El Moudir
Par Amina Barakat, Rabat, Maroc, journaliste invitée sur l'African Women in Cinema Blog

Asmae El Moudir est l’une des réalisatrices et scénaristes les plus actives sur la scène cinématographique marocaine, elle travaille sans relâche, plusieurs créneaux font partie de son menu. Elle fait des courts-métrages, tourne des clips, réalise des pièces du théâtre et des documentaires, la photo et le montage font aussi partie de ses passions.

Asmae est entrain de réaliser son rêve de petite fille, elle s’est souvent inspirée de son entourage, des lieux où elle passe, pour elle chaque être a une histoire qu’elle essaie de relater et d’y mettre un peu de ses ingrédients. Elle tisse intelligemment des liens entre cet ensemble de faits, déjà réalisé dans son imaginaire.

Dans les festivals et les rencontres auxquelles elle participe, elle ne passe pas inaperçue ; parmi beaucoup de jeunes talents, Asmae était la révélation de la 12ème édition du festival méditerranéen du court-métrage marocain de Tanger (2012). Cette jeune réalisatrice est souvent primée, son film « La Dernière balle », était le coup de cœur du public à la 2ème édition festival du court métrage de Rabat (2011).

À son effectif, on compte plusieurs films dont : « Les Couleurs du silence » (2011), « La Dernière balle » (2011), « Quand Saint Valentin voit rouge » (2010), « Mémoire perturbée » (2009).

La rencontre avec cette jeune réalisatrice a été agréable, elle s’est prêtée à mes questions :

Pourquoi Asmae a choisi de se mettre derrière la caméra, alors que beaucoup de jeunes femmes rêvent de se mettre plutôt devant cet œil magique ?

C’est un choix que j’assume absolument, car j’ai toujours rêvé de raconter des histoires qui me fascinent, je travaille avec un regard subjectif avec une envie de casser le conventionnel ; être devant la caméra est une chose, certes, qui fait rêver beaucoup de femmes, mais raconter l’histoire de ceux et celles qui jouent est un autre plaisir, et pourquoi pas derrière ? Puisque les femmes ont gagné le terrain, et ont fait preuve de leur professionnalisme, donc c’est devenu tout à fait normal de voir des femmes réalisatrices, qui généralement apportent un peu de leur savoir faire avec une touche féminine. L’important pour moi c’est que, tout ce que je fais je le ressens.

Est-ce qu’il y a des sujets spécifiques que vous aimez traiter ?

Au fait je n’ai pas un choix bien défini des thèmes, quand j’ai un coup de cœur pour quelque chose, j’essaie de broder sur, et raconter des histoires à ma façon. Dans ma mémoire je garde beaucoup de souvenirs, de mon enfance que je veux tirer au clair, des petites choses qui m’entouraient quand je vais chez mes grands parents ; j’essaie de tirer les choses en haut, je m’applique dans le traitement du scénario pour avoir un rapport singulier aux idées.

L'équipe technique est généralement masculine, en tant que femme est-ce que vous ne rencontrez aucun problème au niveau de la gestion du travail ?

Au début de mon travail, j’ai œuvré avec mes collègues, des jeunes professionnels qui ont bien voulu me donner un coup de pouce. C’était génial de travailler avec eux, c’est une opportunité pour dire que la femme existe, c’est vrai que la réalisation est un travail qui demande beaucoup d’effort mais, la perception de faiblesse de la femme disparaît au moment du travail et la touche de la femme reste bien claire, en plus je trouve que les actrices se sentent à l’aise avec moi, ça, c’est un atout.

Asmae El Moudir est pour ou contre "le cinéma de femmes" ?

Pour moi il n’y a pas de cinéma de femmes et cinéma d’hommes, il y a tout simplement un cinéma, qui est une langue universelle et passe à tous les niveaux, sauf qu’au niveau des thèmes. Il peut y avoir une différence de traitement puisque, à chacun ses traces, sinon on va dire que ce cinéma est uniquement pour les femmes et celui-là est pour les hommes ce qui n’est pas de tout le but de cet art.

Est-ce que vous croyez que la multitude des festivals au Maroc peut participer à la promotion du cinéma marocain ?

Oui, j’y crois, je trouve cela un plus, surtout avec le problème des salles qui ne cesse de fermer et le nombre qui diminue, donc les festivals est une bonne occasion pour le public et pour le cinéma. Les gens vont à la rencontre de cet art et défient cette absence, on ne peut pas dire qu’ils remplacent les salles, mais jouent un rôle important dans la promotion du cinéma national, pour les festivals internationaux c’est aussi très important, car il y a l’opportunité de voir des films étrangers qu’on aura peut être jamais l’occasion de voir, il y a aussi la présence des professionnels du cinéma qui rentrent en contact avec nous, un échange bénéfique au niveaux des expériences de tout le monde.

Comment qualifiez-vous la coproduction cinématographique ?

La nouvelle génération est consciente de cette problématique, car pour convaincre un jury, il faut quand même présenter trois fois un bon scénario. On ne peut pas vraiment parler de la coproduction pour les courts métrages, c’est beaucoup plus difficile pour les longs métrages, parce qu’ils nécessitent beaucoup de moyens mais cela n’empêche qu’il n’est pas facile d’en avoir sinon il faut présenter un travail sur commande. II faut aussi que les producteurs tirent profit ; pour les courts, on galère vraiment pour trouver un producteur et le convaincre de cette opération pour assurer la continuité, malheureusement il n’y a pas beaucoup de sociétés de production, ni une politique qui encourage la fabrication des films.

Au fait c’est de l’amour du cinéma, qu’on puise notre courage pour faire des films. Et dépasser les problèmes.

Est-ce que le fait d’être une femme réalisatrice est un défi ?

Au début c’était un défi, mais après c’est devenu un métier, un amour, je me sens satisfaite de faire ce métier. Mes rêves tardent à venir, mais je continue à rêver surtout quand je vois les images défiler devant moi comme des bébés, il faut prendre soin d’eux. Faire un choix, et c’est assumer ce choix avec le pour et le contre sans différence de sexe.