The purpose of the African Women in Cinema Blog is to provide a space to discuss diverse topics relating to African women in cinema--filmmakers, actors, producers, and all film professionals. The blog is a public forum of the Centre for the Study and Research of African Women in Cinema.

Le Blog sur les femmes africaines dans le cinéma est un espace pour l'échange d'informations concernant les réalisatrices, comédiennes, productrices, critiques et toutes professionnelles dans ce domaine. Ceci sert de forum public du Centre pour l'étude et la recherche des femmes africaines dans le cinémas.

18 January 2012

Nadia El Fani « En politique, ce n'est pas grave de perdre »

© K'ien Productions
« En politique, ce n'est pas grave de perdre. » entretien d'Olivier Barlet avec Nadia El Fani à propos de « Laïcité inch’ Allah » Africultures
Tu fais une simple enquête sur l'hypocrisie en place dans le vécu de la religion en te concentrant sur le Ramadan et voilà que la révolution se produit et que le film change de nature en prenant en compte le débat public sur la laïcité. Comment se passe pour toi cette modification du projet de départ ?

En fait, je ne suis pas partie pour une enquête : je n'envisage pas mes documentaires ainsi. Je suis partie dans l'idée d'un film militant engagé visant à défendre la liberté et la démocratie en Tunisie vu qu'on en était arrivé à un point révoltant sous Ben Ali. J'ai menti sur le sujet et le titre pour obtenir une autorisation de tournage tout en sachant que cela m'empêcherait probablement de retourner en Tunisie. Il y avait en parallèle cette instrumentalisation toujours plus évidente de la religion. Ben Ali avait laissé un de ses gendres ouvrir une chaîne de radio, Zitouna, diffusant le Coran du matin au soir, et on a vu les gens faire la queue pour aller à une nouvelle banque islamique. J'étais partie pour faire un film sur les athées dans l'islam et, le Ramadan approchant, je me suis dit qu'il fallait expliquer au monde ce que vit un Musulman dans un pays musulman durant le Ramadan. Je crois que personne n'en a conscience, à quel point c'est une obligation qui prend le pas sur tout, jusqu'aux horaires de travail. La vie est rythmée par l'heure de rupture du jeûne. On a l'impression d'une communion sociale autour du fait que tout le monde va faire les courses puis mange à la même heure, alors qu'il y a là beaucoup d'hypocrisie sociale. Je suis partie tourner sur les résistants au Ramadan. Le film s'appelait La Désobéissance et il s'agissait pour moi aussi bien de la désobéissance envers Ben Ali qu'envers la religion. Je voulais trouver des gens qui ne suivaient pas le jeûne, pas forcément les intellos ou artistes qu'on accuse d'être une élite mais aussi des gens normaux qui étaient d'accord pour le dire devant une caméra. Et puis je voulais montrer les cafés, les devantures cachées, etc. Mais pour moi, le propos était surtout de dénoncer la collusion entre le pouvoir et la religion, comment le pouvoir utilisait la religion comme un paratonnerre et comment la religion surfait là-dessus pour gagner du terrain dans la société. Nous étions conscients de l'islamisation de la société. Je me suis rendue compte que quand on allait vers les gens individuellement, ça se passait relativement bien, et que c'est quand on allait dans des situations plus collectives, ou par exemple on rentre dans un café, que les gens était un peu agressifs.


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