The purpose of the African Women in Cinema Blog is to provide a space to discuss diverse topics relating to African women in cinema--filmmakers, actors, producers, and all film professionals. The blog is a public forum of the Centre for the Study and Research of African Women in Cinema.

Le Blog sur les femmes africaines dans le cinéma est un espace pour l'échange d'informations concernant les réalisatrices, comédiennes, productrices, critiques et toutes professionnelles dans ce domaine. Ceci sert de forum public du Centre pour l'étude et la recherche des femmes africaines dans le cinémas.

13 December 2009

Entretien avec Monique Mbeka Phoba de Beti Ellerson


(Images d'archive)

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Monique Mbeka Phoba, cinéaste, poètesse, novelliste, journaliste, critique de films, gestionnaire de projets, originaire de République Démocratique du Congo.


Beaucoup de choses ont évolué au niveau technologique depuis notre entretien en 1997…


Beaucoup de choses ont évolué au niveau technologique et cela influence bien évidemment la pratique de nos métiers. Par exemple, pour mon dernier projet de film que j’ai co-produit avec une équipe de jeunes étudiants en théâtre de Kinshasa, je peux dire que nous nous sommes servi à fond de cet environnement virtualisé qui est le nôtre aujourd’hui. J’avais rencontré ce groupe de jeunes qui souhaitaient faire des films, alors qu’il n’existe pas d’école de cinéma en RDC. Je leur ai proposé d’être mêlé au tournage d’un film, dont le sujet avait été proposé par l’un d’entre eux et, ce faisant, d’apprendre à faire des films, en s’occupant de cette production. La personne qui les a encadrés, Guy Kabeya Muya, a été le co-réalisateur du film avec moi. Ils se sont servis de petites caméras numériques, nous communiquions par Internet et SMS, de sorte que je suivais au jour le jour le tournage et pouvais l’influencer dans un sens ou dans un autre.

Ce suivi virtuel a débouché sur un film co-réalisé par moi-même et Guy Kabeya, sur la première équipe de foot-ball d’Afrique Noire à avoir été à une Coupe du Monde de football en 1974. Nous avons placé une bande-annonce sur Internet et j’ai eu plusieurs manifestations d’intérêt, par toutes sortes de personnes intéressées par un tel film, à la veille de la Coupe du Monde en Afrique du Sud. C’est dire si s’appuyer sur Internet est important aujourd’hui au niveau de la réalisation, de la production et de la promotion. Cela n’était pas le cas, il y a quelques années. Et c’est par le « video-sharing » de cette bande-annonce que les gens sont avertis de l’existence du film, un autre outil de promotion très intéressant.


En tant qu'africaine dans le cinéma quelles sont tes expériences avec d'autres femmes dans le domaine? Une sensibilité féminine existe-t-il? Une spécificité de la femme en termes de critique de film?


Les femmes sont de plus en plus présentes dans le cinéma et je pense que nous avons à coeur de nous épauler l’une l’autre, de nous tenir au courant de nos difficultés. J’ai par exemple été à l’origine de la première rencontre entre Angèle Brenner Diabang et Osvalde Lewat-Hallade, en facilitant leur invitation par INPUT à Taïwan, ce qui a été pour elles une expérience marquante. Et ce sont les deux noms les plus en vue actuellement dans le cinéma féminin africain de la nouvelle génération. Osvalde a cotisé pour le projet de film sur le foot-ball, au moment où j’avais de grosses difficultés financières, ce projet n’ayant pas eu de subvention. Au niveau de la représentation des femmes à l’écran, 3 films emblématiques ont été réalisés les 10 dernières années : « Al’leessi, une actrice africaine », de Rahmatou Keita, « Anna l’enchantée », de Monique Mbeka Phoba et « Yandé Codou Sène, la griotte de Senghor », d’ Angèle Brenner Diabang.


À ces 3 films, j’ajoute le film d’un homme, car je considère que le film « Mère-Bi – La mère », de William Mbaye, témoigne une sensibilité féminine d’un homme, confronté depuis sa tendre enfance à une personnalité d’exception, sa mère, Annette Mbaye d’Erneville, première journaliste radiophonique d’Afrique de l’Ouest, un film qu’il a porté en lui des années durant. Il y a les films des femmes sur les femmes, comme celui de Sandra Boukhani, l'auteur d'un documentaire sur Were-Were Liking, appelé «L'Art d'une prêtresse», mais aussi des femmes sur des contextes politiques, comme ceux de Jihan El Tarhi « L'Afrique en morceaux » sur les conflits dans la région dans les Grands Lacs, « Cuba, une odyssée africaine » sur Che au Congo, « Behind the Rainbow » (Le Pouvoir détruit-il le rêve ?), sur la rivalité historique entre Thabo Mbeki et Jacob Zuma au sein de l'ANC ; d’Osvalde Lewat « Un amour pendant la guerre » et « Une affaire de nègres » ; Anne-Laure Folly-Reimann avec « Les Oubliées » et « Femmes aux yeux ouverts » ou « Femmes du Niger » ; de Nadia El Fani « Ouled Lenine », qui veut dire" les enfants de Lénine". Nadia El Fani évoque l'engagement politique de son père qui était communiste. Ou mes propres films sur des sujets politiques : « Revue en vrac » sur la nouvelle liberté d'expression au Congo, après la fin du parti unique, dans l'ex-Zaïre, début des années 90. Et mon film « Deux petits tours et puis s'en vont... » qui aborde une élection présidentielle an Bénin, en 1996, où on voit l'ancien dictateur Kerekou, qui avait été chassé en 1991, revenir démocratiquement au pouvoir.


C’est-à-dire que la sphère politique est maintenant largement investie par les femmes et qu’elles y sont parfaitement crédibles. Mais, qu’on reconnaît ce regard spécifique des femmes sur des sujets politiques. Des regards qui passent par la famille, l’intimité de la souffrance et du regard sur soi. Est-ce que les femmes cinéastes africaines se parlent ? Selon moi, pas assez. Le mouvement associatif en est encore à se relever d’années végétatives et, dans ce domaine, les femmes n’ont pas fait exception. Cependant, j’ai remarqué qu’entre femmes, il était plus facile de se faire des critiques sur nos films respectifs.


Quelques réflexions sur le cinéma africain en termes de langue et de communication…

Il y a deux réalités concrètes qui nous forcent à être plus réceptifs au fait d’avoir à parler anglais. Les puissantes montantes audiovisuelles que constituent le Nigeria avec Nollywood et l’Afrique du Sud. Beaucoup de Congolais entrent dans ces métiers du cinéma par l’Afrique du Sud, où il y a une grande communauté congolaise. Il y a déjà deux réalisateurs installés en Afrique du Sud, Makela Pululu et Sandra Boukhany, qui sont des anglophones, mais ils parlent couramment français toujours. Mais, l’anglais est leur « everyday » langue. Claude Haffner, d'origine congolaise, travaille plutôt dans l'assistanat de production. Un autre congolais Petna Ndaliko vit dans l’est du Congo et est constamment en relation avec l’Ouganda. À partir du moment où le cinéma et l’audiovisuel se professionnalisent en Afrique, l’anglais sera de plus en plus le passage obligé.


Ton évolution dans le cinéma depuis le début jusqu'à aujourd'hui...


J’ai fait neuf documentaires, quatre au Bénin, quatre au Congo et un en France. J’ai traité de sujets surtout politiques et sociaux. Je pense que les films qui m’ont fait le plus connaître sont : « Anna l’enchantée », sur une jeune chanteuse vivant dans un milieu polygamique, « Sorcière la vie ! » sur la mixture de croyances au Congo Kinshasa, et le dernier « Entre la coupe et l’élection », sur la première équipe d’Afrique Noire à avoir été en coupe du monde en 1974. Actuellement, j’ai repris des études, en faisant une année de maîtrise en scénario et je suis en pleine écriture de deux projets de fiction, un court et un long-métrage. En dehors de ces projets, j’ai édité un recueil de poésies du nom de Yémadja et je prépare un recueil de nouvelles. Je suis certaine que j’écrirai de plus en plus au fil du temps. Pourquoi pas des romans et des essais. J’aimerais beaucoup devenir professeur de cinéma.


J’ai beaucoup aimé ton film « Anna l’enchantée », est-ce que tu peux parler de la conceptualisation du film et sa production ?


J’avais rencontré Anna dans un club de jazz à Cotonou et j’avais été très impressionnée par sa voix. Peu de temps après, j’ai été contactée par une productrice française qui cherchait une réalisatrice béninoise pour une série qui s’appelait : « Girls Around the World » et qui visait à faire le portrait de jeunes filles de 17 ans, venant des quatre coins du monde et qui serait filmées par une réalisatrice de leur pays. Il fallait que cette réalisatrice ait déjà eu une expérience de co-production internationale. Finalement, vivant au Bénin, j’ai été choisie. Et on m’a demandé de penser à une jeune fille de 17 ans, qui pourrait symboliser la situation psychologique et émotionnelle, d’une africaine à la veille de l’an 2000. J’ai repensé alors à cette chanteuse Anna, toute contente d’avoir les moyens de faire un film sur elle. Mais, j’ai réorienté mon scénario. Si je n’avais pas été intégré à la série « Girls Around the World », j’aurai surtout fait un film sur elle, en tant que chanteuse.


Mais, ma commande était de montrer son environnement et son style de vie. Quand j’ai pensé à Anna, j’ignorais complètement qu’elle vivait dans une famille polygamique : cela a été la grande chance du film, de rentrer de façon presque intimiste dans cette famille, à la fois traditionnelle et moderne, qui représentait bien toutes les contradictions de notre contemporanéité africaine. J’ai su tout de suite que je devais me faire du père un allié. Ce monsieur s’est senti respecté par moi. Et, moi, je viens aussi d’une famille polygamique, même si toutes les femmes ne vivaient pas ensemble : nous sommes 13 enfants issus de 4 femmes et j’ai dû toute ma vie gérer ces aspects de notre vie familiale. Et essayé d’aimer mes frères et de les soutenir quelle que soit leur mère. Je pense que mon père a fait en sorte que cela se passe bien entre nous. Cela a dû aider à ce que je me sente vraiment à l’aise dans cette famille et qu’eux se sentent à l’aise avec moi.


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Entretien avec Monique Mbeka Phoba de 1997 (en anglais)

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